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Découvrez le nouvel album d’Hélène Grimaud, « Perspectives »
7 avr. 2017 • ActualitésHélène Grimaud

Découvrez le nouvel album d’Hélène Grimaud, « Perspectives »

Perspectives, ou l’art d’Hélène Grimaud

Hélène Grimaud a réuni ses enregistrements favoris pour Deutsche Grammophon dans un nouvel album invitant l’auditeur à partager son univers musical et spirituel de prédilection.

Née à Aix-en-Provence en 1969, Hélène Grimaud entre à douze ans au Conservatoire de Paris qui est alors l’un des lieux d’enseignement de la musique les plus traditionnels qui soient où les méthodes n’ont guère changé depuis l’époque de Debussy et où les élèves sont formés pour un monde musical que Brahms n’aurait pas renié. Elle ne tarde pas à se rebeller contre ce cadre rigide, montrant les premiers signes de cet esprit indépendant et audacieux qui sera au cœur de son art d’interprète.

On retrouve cet art exigeant et éloquent dans le double album Perspectives qui illustre avec force sa vision pénétrante de grandes pages du répertoire pour piano. Il réunit les compositeurs et les œuvres qui ont laissé l’impression la plus profonde sur son âme, aussi bien des extraits de concertos monumentaux de Beethoven, Brahms ou Bartók, que des pages transcendantes pour piano seul de Bach, Mozart et Chopin, entre autres. Chacun des deux disques offre un enregistrement disponible pour la première fois en CD et en streaming : la Valse en la bémol majeur de Brahms ainsi que la transcription de Sgambati de la Danse des esprits bienheureux de Gluck.

Perspectives s’ouvre sur le Prélude et Fugue en mineur BWV 875 de Bach, tiré du deuxième livre du Clavier bien tempéré. De Bach, l’album renferme également un autre extrait du Clavier bien tempéré, le premier mouvement du Premier Concerto pour clavecin, cordes et basse continue en mineur BWV 1052, et des interprétations virtuoses de pages transcrites par Liszt et Rachmaninov. Si Hélène Grimaud s’est rebellée contre certains aspects de l’enseignement du Conservatoire, elle a pleinement tiré profit des leçons de son professeur Jacques Rouvier qui l’a encouragée à considérer la musique de Bach comme le « pain quotidien » de chaque musicien, la nourriture essentielle de tout développement artistique.« Chaque fois que j’écoute du Bach, je me dis que c’est probablement le plus grand de tous les génies », confie-t-elle en 2014 à l’acteur, chanteur et présentateur Marek Eben dans un entretien à la télévision tchèque. « Il y a une profondeur dans sa musique et en même temps une dimension universelle. C’est ce qui vous donne le sentiment d’être à la fois une poussière insignifiante et en phase avec le monde. »

Au cours de ces vingt dernières années, Hélène Grimaud s’est distingué non seulement par son remarquable sens de la communication, que ce soit au concert, dans ses livres, ou comme oratrice, mais aussi par son action passionnée en faveur de la protection de la faune et de plus en plus par son engagement dans le domaine des droits de l’homme. Dans ses interprétations et sa programmation comme dans sa vie en dehors de la scène et du studio d’enregistrement, elle n’a pas peur d’affirmer des positions radicales, de prendre des risques, de s’attaquer à la tradition ou aux conventions lorsque les conventions étouffent la créativité. Plusieurs enregistrements figurant sur l’album Perspectives ont été pris sur le vif, notamment ceux de La Cathédrale engloutie de Debussy et des Jeux d’eau à la Villa d’Este de Liszt qui proviennent du spectacle installation tears become… streams become… de Douglas Gordon, donné avec un grand succès à la Park Avenue Armory de New York. Dans ce projet extrêmement original au confluent des beaux-arts, de la musique et de l’architecture, l’immense sol de l’ancien bâtiment militaire new-yorkais était progressivement inondé pour donner l’impression d’un vaste « champ aquatique » au centre duquel le piano devenait une sorte d’île où la pianiste jouait son programme exigeant dans une obscurité presque totale.

L’art d’Hélène Grimaud est toujours plus proche de la poésie que de la prose. Toujours prêt à façonner une interprétation au moment de sa naissance, il tire sa vitalité de la spontanéité, d’un monde intérieur de sentiments, de sensations et d’émotions. En observant les loups et en étudiant leur comportement dans son Wolf Conservation Center de l’État de New York, la pianiste a beaucoup appris sur la faculté de réagir à l’inspiration du moment. « Interagir avec un animal sauvage que vous ne pouvez pas espérer rencontrer sur votre terrain est toujours une leçon d’humilité, explique-t-elle. Vous devez avoir sur le moment cent pout cent de votre attention – physiquement, mentalement, émotionnellement, intellectuellement ; c’est du même ordre que la focalisation que requiert le travail d’une partition : vous entrez dans un tunnel et il faut trouver dans le morceau les clés qui dévoilent son secret. »

Cette immédiateté et cette révélation artistiques sont sensibles dans l’album Perspectives : dans les innombrables nuances de couleur, les subtilités de l’articulation et les libertés méditatives prises avec le temps métronomique. La pianiste a un don pour métamorphoser les pages familières du répertoire. Dans les Danses roumaines de Bartók, par exemple, elle projette les rythmes populaires qui sous-tendent la musique tout en créant un climat d’improvisation proche de la transe. Son interprétation de la Sonate pour piano de Mozart en la mineur K. 310 (300d) semble provenir du même univers. Ces deux œuvres figuraient à l’origine sur le disque Résonances, avec la Sonate de Liszt et celle de Berg, échos d’un monde perdu, l’empire des Habsbourg, pétri de tensions entre diverses nations.

Dans une interview de 2010, Hélène Grimaud faisait remarquer que les Danses roumaines de Bartók sont nées de la riche terre créative d’Europe centrale et orientale. « C’était une époque si troublée… toutes ces frontières incertaines. Je crois que Bartók a trouvé, sinon espoir, du moins un certain confort dans le retour aux racines de la musique folklorique et dans le fait que c’est la musique du peuple, quelle que soit son origine ou sa dénomination. » Dans ses réflexions sur les Danses roumaines, la pianiste parle du contexte qui les a vues naître et de la pérennité de leur valeur, deux aspects qu’elle prend toujours en ligne de compte en modelant et remodelant une partition, en l’examinant minutieusement et en l’illuminant, en l’abordant d’une myriade de perspectives différentes.

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