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Le Ténor Du Siècle
1 sept. 2017 • PanoramasLuciano Pavarotti

Le Ténor Du Siècle

L’histoire de Pavarotti fut, à bien des égards, typique de celle d’un chanteur d’opéra : une combinaison d’un talent divin, de dur labeur et d’une quantité suffisante de chance pure. En théorie, elle aurait pu se produire à n’importe quelle époque, mais ce fut grâce à l’immense explosion des médias au cours des dernières décennies du 20ème siècle qu’il atteignit la renommée internationale qu’on lui connaît, si rapidement et si pleinement. Son histoire est aussi celle de Decca puisque l’artiste et la maison de disque travaillèrent main dans la main durant 45 ans, jusqu’à la mort du chanteur en 2007.

Durant son époustouflante carrière, il a eu un énorme impact sur le monde de la musique classique auquel il a ouvert de nouveaux horizons. Grâce à lui, l’art lyrique est apprécié dans le monde entier par un public innombrable qu’il a su toucher par sa voix et sa personnalité extraordinaires.

Sa carrière en 15 points

• Il naît le 12 octobre 1935 à Modène, en Italie.

• Ses parents lui font faire une formation d’instituteur. Lassé de ce pensum, il préfère vendre des assurances pour gagner son pain – « J’avais du talent pour ça ». Finalement, sa mère accepte qu’il abandonne son travail pour poursuivre son rêve de devenir un ténor professionnel.

• En 1959, il fait son premier voyage à l’étranger avec le Chœur Rossini de Modène pour participer à l’Eisteddfod (festival) international de Llangollen, au Pays de Galles. Le chœur de Modène remporte le premier prix. Aujourd’hui le principal prix de l’Eisteddfod s’appelle le trophée Pavarotti.

• La grande percée de Pavarotti a lieu en 1961 : il remporte en Italie un concours prestigieux et fait ses débuts professionnels dans La Bohème à Reggio Emilia.

• Le 21 septembre 1963, il débute à Covent Garden, remplaçant au pied levé Giuseppe di Stefano, souffrant.

• En février 1964, il signe son premier contrat avec Decca pour un seul disque de 17 cm.

• En 1965, il débute à La Scala de Milan en Rodolfo dans La Bohème. La même année, il fait ses débuts américains à l’Opéra de Miami dans Lucia di Lammermoor avec la soprano légendaire Joan Sutherland, qui lui apprend à utiliser son diaphragme convenablement pour chanter.

• En 1966, il enregistre son premier opéra intégral pour Decca, Béatrice de Tende de Bellini, avec Joan Sutherland.

• En 1972, sa prestation au Metropolitan Opera de New York dans La Fille du régiment lui vaut dix-sept rappels et le surnom de « roi des contre-uts ».

• S’engageant en faveur des jeunes chanteurs, il crée au début des années 1980 un concours de chant à Philadelphie qui lancera la carrière de nombreux musiciens remarquables, notamment de Roberto Alagna. Pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de sa carrière, en 1986, il invite en Italie les lauréats du concours à donner La Bohème en concert de gala. Suit une visite historique en Chine où ils redonnent l’opéra à Pékin. Pour couronner la visite, Pavarotti se produit dans le premier concert qui n’a jamais été donné dans le Palais de l’Assemblée du Peuple.

• Pavarotti forme les « Trois Ténors » avec ses amis et rivaux José Carreras et Plácido Domingo. Leur premier concert est organisé en 1990, à Rome, la veille de la finale de la Coupe du monde de football, et il est suivi par huit cents millions de personnes dans le monde entier. L’enregistrement Decca de l’événement se vend à plus de quinze millions d’exemplaires : c’est le record absolu dans le domaine du disque classique.

• Passionné d’équitation, Pavarotti organise dans sa propriété de Modène l’un des concours de saut d’obstacles les plus prisés sur le circuit international, le Pavarotti International. Pour coïncider avec cet événement, il crée dans sa ville natale un concert de bienfaisance annuel, Pavarotti & Friends, qui fête son dixième anniversaire en 2003. Ce concert célèbre dans le monde entier a permis de lever plus de cinq millions d’euros de fonds pour des projets médicaux et éducatifs en Bosnie, au Cambodge, au Kosovo, au Guatemala, au Libéria, au Tibet et pour des camps de réfugiés au Pakistan et en Irak. Pavarotti a chanté à ces concerts avec des vedettes comme Bono, Elton John, Eric Clapton, Liza Minnelli, James Brown, Stevie Wonder, Andrea Bocelli, Annie Lennox, Mariah Carey et Jon Bon Jovi.

• Pavarotti a été honoré par un grand nombre de distinctions : il a été fait Chevalier grand-croix dans l’Ordre du mérite de la République italienne et Officier de la Légion d’honneur en France ; il a été décoré de la médaille Eisenhower ; il a reçu le prix de la ville de Paris et le Freedom of the City de Londres ; il a été nommé MusiCares Person of the Year, s’est vu décerner le prix d’honneur du Kennedy Center, ainsi que de nombreux Emmy, Gramophone et Grammy ; enfin, il a obtenu le World Social Award, le People’s Choice Award, et en 1998 le Grammy Legend Award – onze artistes seulement avaient été honorés jusque-là par cette récompense, parmi lesquels Michael Jackson.

• Le dernier air qu’il interprète est Nessun dorma, aux jeux olympiques d’hiver de Turin, en 2006.

• Il meurt en septembre 2007 dans sa maison de Modène d’un cancer du pancréas, à l’âge de soixante-et-onze ans. Plus de cent mille personnes viennent défiler devant son cercueil à la cathédrale de Modène. Sept cent invités assistent aux funérailles proprement dites, tandis que des dizaines de milliers de personnes se rassemblent sur la place. Au moment où le cortège funèbre sort de la cathédrale, une escadre aérienne dessine les couleurs du drapeau italien dans le ciel et la voix de Pavarotti chantant Nessun dorma retentit sur la place.

Le saviez-vous ?

• Passionné de football, c’est un footballer talentueux dans sa jeunesse et il sera toute sa vie un supporter de la Juventus de Turin.

• Tout sa vie, Pavarotti a peur de prendre l’avion et il est victime de plusieurs incidents. Le plus sérieux a lieu en 1975 à l’aéroport de Milan : à cause d’un épais brouillard, son avion sort de la piste et se casse en deux.

• Est-il besoin de le préciser, Pavarotti adorait boire et manger. Où qu’il aille, il prend des provisions de riz, pâtes, parmesan, huile d’olive, ail, ainsi que du Lambrusco, son vin rouge pétillant favori, et fait la cuisine dans toutes les suites d’hôtel où il séjourne.

• Il se constitue une énorme collection de foulards Hermès et de chemises Hawaï.

• En 1982, il tourne son unique film, Yes, Giorgio, nominé aux Oscars et aux Golden Globes pour la « Meilleure Chanson ». Il admettra par la suite : « J’aurais dû me méfier et ne pas participer à ce tournage, mais c’était très tentant. Je voyais là une merveilleuse diversion par rapport à ce que je faisais d’habitude, j’étais donc captivé – malheureusement le film est lamentable, vraiment lamentable ! »

• Pavarotti était un peintre prolifique. En 1986, une exposition new-yorkaise présente certaines de ses toiles avec des œuvres d’autres artistes de sa ville natale.

• Pavarotti détient deux records dans le Livre Guinness : celui de l’interprète qui a eu le plus grand nombre de rappels sur scène (165) et celui des meilleures ventes en musique classique (le premier disque des Trois Ténors).

• Pavarotti était très superstitieux. Pour lui souhaiter bonne chance, on lui laissait toujours des clous tordus en coulisse. Il mettait toujours des chaussettes rouges (censées porter bonheur) – même son fameux mouchoir blanc était un porte-bonheur. Pour les mêmes raisons, il ne s’approchait pas de la couleur pourpre et ne mentionnait jamais l’opéra de Verdi La Force du destin.

• Pavarotti adorait le tennis. Un jour, John McEnroe chante devant lui et raconte : « Après qu’il m’a entendu chanter, il a estimé qu’on devrait jouer au tennis. Il a essayé de sauter par-dessus le filet mais il est tombé le visage contre le sol. » Pavarotti est également resté coincé dans un ascenseur avec Boris Becker pendant plus d’une demi-heure après un concert des Trois Ténors. Il en a profité pour chanter une sérénade (Ave Maria) au tennisman et à son épouse.

• C’était un joueur de poker intrépide et il passait son temps en coulisse à jouer à la briscola (genre de belote) avec ses amis de Modène qui l’accompagnaient dans ses voyages dans le monde entier.

• Le contrat d’exclusivité que Pavarotti a eu avec Decca Classics est l’un des plus longs dans l’histoire du disque.

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